Eva Kotchever, également connue aux États-Unis sous les pseudonymes d'Eve Addams et Eve Adams, née Chawa Złoczower le à Mława et assassinée à Auschwitz le , est une écrivaine et militante féministe juive polonaise.
Elle est notamment connue pour avoir dirigé dans les années 1920 à New York un établissement lesbien, le Eve's Hangout. dans le quartier de Greenwich Village.
Après avoir été arrêtée et expulsée en Europe, elle revient en Pologne, puis rejoint Paris, en France, où elle tente de continuer sa vie.
Durant la Seconde Guerre mondiale, elle est arrêtée à Nice en 1943, puis déportée au camp de Drancy et assassinée à Auschwitz.
Biographie
Jeunesse
Chawa Złoczower naît le 27 juin 1891, dans la ville de Mława, située dans le centre de la Pologne, à une centaine de kilomètres de Varsovie.
L'aventure américaine
Émigrée aux États-Unis dans les années 1910, son nom est modifié à son arrivée à Ellis Island. Proche d'Emma Goldman — Kotchever participera à la diffusion du journal Mother Earth —, elle s'installe à Chicago où elle ouvre un premier établissement progressiste avec la peintre américaine d'origine suédoise Ruth Norlander, The Gray Cottage.
En 1925, elle s'installe à New York, à Manhattan, dans le quartier du Greenwich Village, avec Ruth Norlander. Elle fonde avec elle le Eve's Hangout, aussi connu comme Eve Addams’ Tearoom. À l'extérieur, une pancarte indique: Men are admitted but not welcome en français: « les hommes sont admis, mais pas les bienvenus ». Ce panneau restera célèbre à travers le monde et suivra l'histoire de l'écrivaine, sachant que les travaux universitaires actuels démontrent que ce panneau, tout en renforçant la "légende Kotchever", n'aurait pas existé.
L'arrestation, puis l'expulsion des Etats-Unis vers l'Europe
Le 17 , une descente de police a lieu dans son établissement, sous la houlette et le zèle de la jeune détective infiltrée du New York City Police Department, Margaret Leonard.
Eva Kotchever est arrêtée et reconnue coupable d'« obscénité », notamment pour la collection de courtes histoires qu'elle écrit, désormais iconique de la culture américaine de l'époque, intitulée Lesbian Love.
Son café, le Eve's Hangout est alors fermé définitivement par les autorités new-yorkaises.
Eva fait 18 mois de prison, avant d'être expulsée, vers la Pologne, le dans une Europe minée par l'ascension du fascisme.
Le retour en Europe
Depuis son pays natal, la Pologne, et devant la montée de l'antisémitisme et du fascisme sur le continent, elle est obligée de retraverser l'Europe pour venir se réfugier et vivre à Paris, ville alors considérée comme un lieu sûr au début des années 1930.
Dans la capitale française, elle reprend ses activités littéraires en vendant, entre autres, aux Américains de Montparnasse, des ouvrages censurés aux États-Unis, tels ceux d'Henry Miller et d'Anaïs Nin. Comme beaucoup d'artistes et d'intellectuels étrangers et des membres américains de la Génération perdue, elle est une habituée des célèbres cafés du quartier, tels Le Select, La Rotonde et surtout le Dôme.
La déportation depuis la France et la mort à Auschwitz
Sous l'occupation de la France par les nazis et le régime de Vichy, elle doit se réfugier dans la ville de Nice avec sa compagne Hella Soldner. Leur dernière adresse est le 10, rue Alphonse Karr.
Elle y est arrêtée le (et Hella Soldner, probablement le même jour). Transférées ensuite au camp de Drancy, en région parisienne, puis déportées le par le convoi no 63 vers Auschwitz, elles y seront assassinées peu après leur arrivée.
Hommages et travail de récupération mémorielle

New York
Dans les arts
- À New York, Barbara Kahn écrit une pièce sur la vie d'Eva Kotchever, lue en 2014 au Theater for the New City (en).
- L'édifice dans lequel était situé son établissement Eve's Hangout est désormais protégé par la ville de New York et inscrit à son patrimoine.
- Des artistes contemporains comme Gwen Shockey ou des institutions américaines hors de New York comme l'université de Pittsburgh, en Pennsylvanie, célèbrent sa mémoire.
- En 2021, l'historien américain Jonathan Ned Katz lui consacre une biographie.
Hommages du centenaire de son arrestation
- Le 17 juin 2026, pour les 100 ans de son arrestation par le NYPD, un rassemblement devant l'ancien Eve's Hangout, avec une performance de la comédienne Lisa Kron, puis une marche jusqu'à Washington Square, sont organisés.
- C'est à cette occasion que Brad Hoylman-Sigal, président démocrate du borough de Manhattan, demande officiellement une grâce à titre posthume à Kathy Hochul, gouverneure de l'État de New York, et une reconnaissance symbolique de la la responsabilité de la ville de New York au maire de New York, Zohran Mamdani, dans la persécution de l'écrivaine qui a conduit à son expulsion vers l'Europe. Extrait de la demande officielle:
« Eve Adams’ conviction and deportation is among the most unjust in our city’s history. One hundred years after her arrest and subsequent murder by the Nazis at Auschwitz, we have the obligation and the opportunity to say plainly that she deserved better. I respectfully request Governor Hochul issue a posthumous pardon, and ask the City to acknowledge Eve Adams’s 1926 conviction was unjust and rooted in discriminatory law enforcement. This Pride Month, we should affirm New York City failed her as a pioneer of LGBTQ+ life, as an immigrant, and as a Jewish woman who was ultimately deported to her death. »
— Brad Hoylman-Sigal
« La condamnation et l’expulsion d’Eve Adams figurent parmi les plus injustes de l’histoire de notre ville. Cent ans après son arrestation et son assassinat par les nazis à Auschwitz, nous avons le devoir et l’occasion d’affirmer haut et fort qu’elle méritait mieux. Je demande respectueusement à la gouverneure Hochul de lui accorder une grâce à titre posthume et je prie la Ville de reconnaître que la condamnation d’Eve Adams en 1926 était injuste et résultait d’une application discriminatoire de la loi. En ce Mois des fiertés, nous devons reconnaître que la ville de New York a failli à son égard — elle qui était une pionnière de la communauté LGBTQ+, une immigrée et une femme juive finalement déportée vers la mort. »
Los Angeles
- En 2021, son biographe américain Jonathan Ned Katz préside une conférence au Musée de l'Holocauste de Los Angeles.
Paris
- En 2019, la ville de Paris lui rend un hommage officiel en donnant son nom à une rue du 18e arrondissement.
Il s'agit du premier hommage public de l'écrivaine en Europe.
- Une école publique élémentaire et à une crèche, situées dans cette même rue, portent également son nom.
- En 2021, les cérémonies et expositions en sa mémoire, pour les 140 ans de sa naissance, sont reportées en raison de la pandémie de Covid-19.
- Une plaque commémorative officielle est votée à l'unanimité du Conseil de Paris, en sa mémoire et celle de sa conjointe Hella Ostein Soldner.
- Elle est apposée à l'entrée de l'école qui porte le nom d'Eva Kotchever, dans le 18e arrondissement, au pied de Montmartre.
Pologne
- L'artiste contemporain polonais Mikołaj Sobczak (1989-), né à Poznań, près de Mława (ville natale d'Eva Kotchever), lui rend de nos jours hommage dans son travail de plasticien.
