Le cortex entorhinal est une zone du cerveau, située dans le lobe temporal médial, dont les fonctions comprennent notamment son rôle de centre majeur d'un vaste réseau impliqué dans la mémoire, la navigation et la perception du temps. Le cortex entorhinal constitue la principale interface entre l'hippocampe et le néocortex. Le système entorhinal-hippocampique joue un rôle important dans les mémoires déclaratives (autobiographiques, épisodiques et sémantiques) et, en particulier, dans les mémoires spatiales, notamment lors de la formation de la mémoire, de la consolidation de la mémoire et de l'optimisation de la mémoire pendant le sommeil. Le cortex entorhinal intervient également dans le prétraitement (familiarité) des signaux d'entrée dans la réponse réflexe de la membrane nictitante lors du conditionnement classique avec trace; l'association des influx provenant de l'œil et de l'oreille se produit dans le cortex entorhinal.
Localisation
Dans le lobe temporal médian (voire lobe temporal), le long de la scissure rhinale, on peut trouver deux régions corticales importantes, située en dessous de l’hippocampe. Il s’agit du cortex rhinal et du cortex parahippocampique. Le cortex rhinal est lui-même composé de deux sous-régions appelées cortex entorhinal (aire 28 de Brodmann) et cortex périrhinal.
Fonctions
Olfaction
Les voies olfactives issues du bulbe olfactif où est traduit le message chimique en message nerveux (transduction), se projettent sur différentes régions du cortex où les informations sensorielles seront traitées. Le cortex temporal médian est le lieu de ce premier traitement, dans le cortex olfactif primaire. Celui-ci est divisé en quatre régions: le cortex piriforme, le noyau olfactif antérieur, le cortex péri-amygdalien et le cortex entorhinal. La caractéristique de l’olfaction est que cette modalité sensorielle est traitée dans du néocortex et du paléocortex (voire néocortex). Le cortex entorhinal est considéré comme un cortex de transition entre les deux, mettant en évidence la nature archaïque du système olfactif. Le cortex olfactif est composé des tubercules olfactifs, des noyaux amygdaliens, du cortex piriforme et entorhinal.
Mémoire
Le cortex rhinal joue un rôle dans la mémorisation en recevant les informations issues des aires corticales associatives (représentation complexe réalisant la synthèse de différentes modalités sensitives, voire cortex associatif), puis en les transmettant au cortex parahippocampique qui lui succède et les transmettent à l’hippocampe. Ainsi, avec le cortex parahippocampique et l’hippocampe, il participe à la consolidation de la mémoire déclarative. L’atteinte de ces structures est responsable d’une amnésie antérograde sévère chez le patient HM, à qui il a été retiré la face médiane des lobes temporaux (voir lobe temporal). De la même façon, on peut remarquer que les plaques amyloïdes formées dans la maladie d'Alzheimer sont particulièrement localisées sur ces structures, notamment l’amygdale, l’hippocampe et le cortex entorhinal, ce qui expliquerait la centralisation des symptômes de cette maladie sur la mémoire.
Localisation dans l'espace
En 2005, il a été découvert que le cortex entorhinal contient une carte neuronale de l'environnement spatial chez les rats. En 2014, John O'Keefe, Maj-Britt Moser et Edvard Moser ont reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine, grâce à cette découverte. La Française Francesca Sargolini a contribué à ces travaux de recherche.
Les neurones dans le cortex entorhinal latéral présentent peu de sélectivité spatiale, tandis que les neurones du cortex entorhinal médian (MEA), présentent de multiples « champs de lieu » qui sont disposés suivant un motif hexagonal, et sont, pour cette raison, appelés « cellules de grille ». Ces champs et l'espacement entre les champs augmentent de la MEA dorso-latéral à la MEA ventro-médiane.
Conscience du temps
En 2018, une équipe a mis en évidence chez la souris que des neurones du cortex entorhinal médian (MEC) permettent de déterminer une durée (un temps d'attente avant une action) en s'activant progressivement après temporisation. Leurs résultats suggèrent l'existence dans le MEC de sous-circuits spécialisés dans le codage du temps d'attente pendant l'immobilité ou de l'espace pendant les mouvements.
Importance clinique
Maladie d'Alzheimer
Le cortex entorhinal est la première région du cerveau touchée par la maladie d'Alzheimer. En 2013, une étude utilisant l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle a localisé cette atteinte au niveau du cortex entorhinal latéral. Plus récemment, un groupe particulier de neurones appelés cellules en éventail a été proposé comme étant le premier groupe neuronal à subir des lésions liées à la maladie d'Alzheimer dans le cortex entorhinal latéral.
Lopez et al. ont montré, dans une étude multimodale, qu'il existe des différences de volume du cortex entorhinal gauche entre les patients présentant un trouble cognitif léger évolutif (vers la maladie d'Alzheimer) et ceux dont l'état reste stable. Ces auteurs ont également constaté que le volume du cortex entorhinal gauche est inversement corrélé au niveau de synchronisation de phase dans la bande alpha entre le cortex cingulaire antérieur droit et les régions temporo-occipitales.
En 2012, des neuroscientifiques de l'UCLA ont mené une expérience auprès de sept patients atteints d'épilepsie, utilisant un jeu vidéo de taxi virtuel relié à des électrodes déjà implantées dans leur cerveau. Cette méthode a permis aux chercheurs de surveiller l'activité neuronale lors de la formation des souvenirs. En stimulant les fibres nerveuses du cortex entorhinal de chaque patient pendant l'apprentissage, ils ont constaté une amélioration de la navigation dans différents itinéraires et de la reconnaissance des repères. Cela indiquait une amélioration de la mémoire spatiale des patients.
Recherche
Effets de l'exercice aérobie
Une étude menée chez de jeunes sujets a montré que la condition physique aérobie était positivement corrélée au volume du cortex entorhinal, ce qui indique que l'exercice aérobie pourrait avoir un effet bénéfique sur le système mnésique du lobe temporal médial, dont fait partie le cortex entorhinal.
Chez les autres animaux
Chez les rongeurs, le cortex entorhinal est situé à l'extrémité caudale du lobe temporal. Le cortex entorhinal des rongeurs présente une organisation modulaire, avec des propriétés et des connexions différentes selon les régions.
Chez les primates, il est situé à l'extrémité rostrale du lobe temporal et s'étend dans la direction dorsolatérale.
Autres
Dans le cadre de réponses « réflexes », l'association des impulsions de l'œil et l'oreille se produit dans le cortex entorhinal.
Annexes
Bibliographie
- Pinel, J. (2007). Biopsychologie. 6e édition. Paris: Pearson.
- Boisacq-Schepens, N. & Crommelinck, M. (2000). Neurosciences. Paris: Dunod.
- Bear, M. Connors, B. & Paradiso, M. (2007). Neurosciences, à la découverte du cerveau. 3e édition. Ed. Pradel.
Articles connexes
- Aires de Brodmann
- Cellule de grille
- Cortex cérébral
- Liste de régions du cerveau humain
- Rhinencéphale
Liens externes
- Ressources relatives à la santé:
- Medical Subject Headings
- NCI Thesaurus
- Uberon
Portail des neurosciences
Portail de la psychologie
