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Art premier

Art premier

L’art premier ou art primitif est l'art des sociétés traditionnelles, sans écriture ou « primitives ». Par extension, le terme désigne communément l'art traditionnel des cultures non occidentales ou natives. Un exemple connu de musée exposant des objets issus de telles cultures est le musée du Quai Branly - Jacques-Chirac, situé à Paris.

Étendue

Les arts premiers regroupent notamment:

Controverses terminologiques

L'expression art premier désigne, principalement dans l'usage francophone, un ensemble de productions artistiques et d'objets culturels issus de sociétés d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques. Popularisée à la fin du XXe siècle en remplacement d'« art primitif », elle demeure controversée en raison de ses connotations évolutionnistes et de la diversité des œuvres qu'elle rassemble.

Formation d'une catégorie

Les appellations appliquées en Europe aux productions d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques ont varié avec leur mode de collecte, de classement et d'exposition. Nélia Dias relève la succession, en un siècle et demi, des termes « objets ethnographiques », « arts méconnus » — d'après le titre de l'ouvrage d'Émile Soldi paru en 1881 —, « arts lointains », « art primitif » et enfin « arts premiers ». Ces requalifications renseignent selon elle autant sur les déplacements des perspectives anthropologiques que sur l'extension progressive de la notion occidentale d'art à des objets qui lui étaient étrangers: la reconnaissance esthétique de certaines pièces s'accompagne d'une sélection fondée sur des critères occidentaux, tandis que d'autres objets restent cantonnés au domaine ethnographique.

Le mot « primitif » possède plusieurs histoires. Jean-Luc Aka-Evy rappelle que, dans le vocabulaire des beaux-arts, il a qualifié aussi bien les arts des origines de l'humanité et les peintres italiens et flamands antérieurs à la Renaissance que les objets extra-occidentaux dont les artistes européens firent des modèles au cours des XIXe et XXe siècles; il rattache la transformation ultérieure de l'« art primitif » en « art premier » à l'histoire du primitivisme et à la réception occidentale des arts non européens. Ces acceptions ne doivent pas être confondues avec les catégories, plus tardives, de l'art brut ou de l'art des enfants.

De l'« art primitif » aux « arts premiers »

L'invention de l'expression « arts premiers » est généralement attribuée au collectionneur et marchand Jacques Kerchache, qui l'aurait forgée dans les années 1970. Sa diffusion publique tient au projet de faire entrer au musée du Louvre des œuvres d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques: le 15 mars 1990, Kerchache fait paraître dans [[Libération (journal)|Libération]] le manifeste « Pour que les chefs-d'œuvre naissent libres et égaux ». Analysant un corpus de presse couvrant les années 1996-2006, Laetitia Grosjean montre que le syntagme fonctionne comme une « formule » au sens d'Alice Krieg-Planque et qu'il domine largement les désignations du futur musée: sur quatre cent soixante-quatorze articles, trois cent soixante-seize renvoient au projet par l'expression « arts premiers ».

L'appellation se voulait plus valorisante qu'« art primitif », devenu péjoratif dans le contexte de la décolonisation. Grosjean souligne néanmoins que « premier » et « primitif » relèvent de la même famille lexicale et que le second terme reconduit ainsi le schème téléologique contenu dans le premier. La critique est formulée dès l'annonce du projet: en octobre 1996, le directeur du Muséum national d'histoire naturelle Henry de Lumley récuse l'expression en objectant que l'art premier est l'art préhistorique, et qu'il aurait mieux valu parler d'arts africain, océanien et amérindien, tant ceux-ci diffèrent entre eux.

Critiques et controverse muséographique

La discussion porte aussi sur le mot « art ». Le classement d'objets rituels, politiques ou utilitaires parmi les œuvres d'art favorise leur reconnaissance esthétique, mais les isole de leurs usages et de leur histoire; Dias observe que ce déplacement étend la catégorie occidentale de l'art tout en privilégiant les objets matériels qui répondent à ses critères de beauté. Sally Price (en) analyse pour sa part l'« art primitif » comme une construction occidentale, plus révélatrice du regard porté sur ces objets que des objets eux-mêmes. Bernard Dupaigne, ancien directeur du laboratoire d'ethnologie du musée de l'Homme, conteste quant à lui la notion d'« arts premiers » en ce qu'elle dénie à ces objets une histoire et des transformations, les figeant en art originel.

Le débat muséographique a souvent été présenté comme une opposition entre une approche esthétique, centrée sur les formes, et une approche anthropologique, attentive aux fonctions, aux significations et aux conditions de collecte. Nathalie Heinich note que cette opposition ne sépare pas deux positions entièrement homogènes, mais désigne plutôt deux priorités concurrentes dans la présentation des mêmes objets.

Les hésitations sur le nom du futur musée du quai Branly ont rendu la controverse particulièrement visible. Au lancement des études, en février 1997, le projet est désigné comme « musée de l'Homme, des Arts et des Civilisations »; le « H » est ensuite abandonné, à la demande de l'anthropologue Maurice Godelier et du ministère de l'Éducation nationale, au profit de « musée des Arts et des Civilisations ». Des documents budgétaires parlementaires de 1998 emploient pour leur part « musée des civilisations et arts premiers ». La dénomination juridique retenue par le décret du 23 décembre 1998 est finalement « Établissement public du musée du quai Branly ». Interrogé en 2004, le conservateur Yves Le Fur déclare que l'expression « arts premiers » a été rapidement abandonnée parce qu'elle ne tenait pas conceptuellement, et le président de l'établissement Stéphane Martin explique en 2006 que le choix d'un nom de lieu suit une tradition parisienne et évite de définir l'institution par une catégorie contestée.

Appellations concurrentes et usages contemporains

Aucune appellation générale n'est dépourvue de difficultés. « Art tribal » suppose l'existence d'ensembles sociaux homogènes; « art traditionnel » peut figer des pratiques pourtant historiques et changeantes; « arts non occidentaux » ou « extra-occidentaux » définissent des productions très diverses par leur seule relation à l'Occident. Claire Bosc-Tiessé décrit cette dernière catégorie comme une construction muséale hétéroclite, sans pertinence pour l'historien sauf à l'étudier pour elle-même; Benoît de L'Estoile y voit une notion pseudo-géographique reposant sur une définition négative, corollaire de ce qu'il nomme le « musée des Autres »; Viola König observe que les ethnologues évitent le terme « non-occidental », qui appréhende des régions du monde dans leur seul rapport à l'Occident.

Domaines

  • collectivité:
    • totem
    • maison commune, maison de réunion, maison des hommes
    • locaux et objets de confréries, sociétés masculines
    • emblème de clan
    • effigie de divinité
    • objets religieux, cultuels, magie, divination
    • reliquaire
    • bâton de chef, de danse, régalia
    • siège cérémoniel, hache cérémoniel
    • monnaie
    • art funéraire
  • habitat
    • architecture
    • pilier, chambranle
    • porte
    • échelle, marchepied
  • mobilier
    • crochet, support, poulie
    • tabouret, siège
    • lit
    • repose-tête
  • statue, statuette, figure (pierre, bois, bronze, terre cuite)
  • masques
  • peinture sur écorce, sur tapa,
  • artisanat
    • barque, voilier
    • hache
    • cuirs, peaux
    • armes, lames forgées, boucliers, casse-tête
    • tissu, teinture, tenture
    • tapa
    • pagne, cape, manteau, cape
    • coiffe, coiffure, cimier
    • codex
    • boîte
    • vaisselle, terres cuites
    • vase, coupe, bol, bouteille
    • cuillère
    • lampes
    • ornements, colliers, épingles, peignes, pendentifs, parures...
    • objets décoratifs
  • pétroglyphe
  • peinture rupestre
  • Art corporel, dont modification corporelle, déformation (crâne, cou, oreille, dents, langue...), scarification, peinture (sur corps, visage, ongles), piercing
  • Performance (art), dont danse, musique, chant... pour rites, cérémonies...

Passeurs

Marchands

Collectionneurs

Expositions

  • 1905, Paris
  • 1926, Paris, par André Breton et les surréalistes
  • 1930, Paris, par Tristan Tzara, Pierre Loeb, Charles Ratton
  • 1931, Paris, Exposition coloniale
  • 1935, New York, African Negro Art
  • 1936, Paris, par Charles Ratton et les surréalistes
  • 1966, Dakar, premier festival mondial des Arts nègres, par Léopold Sédar Senghor
  • 1984, New York, Le Primitivisme dans l'art du XXe siècle, par William Rubin
  • 1989, Paris, Magiciens de la Terre, par Jean-Hubert Martin
  • 1994, Paris, Art des sculpteurs taïnos, par Jacques Kerchache
  • 2006, Paris, D'un regard l'autre, par Yves Le Fur
  • 2009, Bâle, La Magie des images, par la fondation Beyeler
  • 2012, Paris, Les Maîtres du désordre, par Jean de Loisy

Musées et galeries

Annexes

Articles connexes

Références bibliographiques

  • (fr) Jean-Jacques Breton, Les arts premiers, Paris, 2008 (Que sais-je ?, 3817) (ISBN 978-2-13-056609-0).
  • (fr) Cannibalismes disciplinaires. Quand l'histoire de l'art et l'anthropologie se rencontrent [Colloque du 21 au ], sous la dir. de Thierry Dufrêne et Anne-Christine Taylor, Paris, 2009 (ISBN 978-2-35744-022-7) (BNF 42185459) (en ligne).
  • (fr) Benoît de L'Estoile, Le goût des autres: de l'Exposition coloniale aux arts premiers, Paris, 2007 (ISBN 978-2-0812-4024-7).
  • (fr) Aminata Traoré, Ainsi nos œuvres d’art ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de séjour [Lettre ouverte], Paris, (en ligne).
  • (fr) Julien Guilhem, Art primitif ou patrimoine culturel ? Le Musée du quai Branly en question, dans Ethnologies comparées. Revue électronique semestrielle, 1. Frontières..., Montpellier, 2000 (ISSN 1630-7739) (en ligne).
  • (fr) Marine Degli et Marie Mauzé, Arts premiers, Paris, 2000 (Découvertes Gallimard. Arts, 393) (ISBN 2-07-033552-6).
  • (en) Denis Dutton, Tribal Art, dans Encyclopaedia of Aesthetics, dir. par Michael Kelly, New York, 1998 (ISBN 978-0-19-511307-5) (en ligne).
  • (fr) Claude Roy, L'art à la source. I, Arts premiers, arts sauvages Paris, 1992 (Folio. Essais, 207) (ISBN 2-07-032732-9).
  • (en + fr) Sally Price, Arts primitifs, regards civilisés, Paris, 1995 (ISBN 2-84056-219-7); trad. de Primitive Art in Civilized Places, Chicago (IL), 1989 (ISBN 0-226-68064-9).
  • (en) Primitive Art and Society [Symposium, Burg Wartenstein, 27 June to 5 July 1967], sous la dir. de Anthony Forge, Londres et New York, 1973 (ISBN 0-19-212953-8).
  • (fr) Claude Lévi-Strauss, Le dédoublement de la représentation dans les arts de l'Asie et de l'Amérique [1945], dans Anthropologie structurale [XIII], Paris, 1958 (ISBN 2-259-18543-6).
  • (en + fr) Meyer Schapiro, Style, artiste et société, Paris, 1982 (ISBN 2-07-071819-0); trad. d'articles aussi réunis dans Selected Papers IV. Theory and Philosophy of Art: Style, Artist, and Society [c. 1932-1968], New York, 1994 (ISBN 0-8076-1356-8).
  • (fr) Georges-Henri Luquet, L'art primitif, Paris, 1930.
  • (fr) Jean Guiart, L'art premier (317-329) dans Agir à contre-emploi (Chronique d'une vie en zigzags), Le Rocher à la Voile, Nouméa et Pape'ete 2013,
  • (en + fr) Franz Boas, L'art primitif, Paris, 2003 (ISBN 2-8766-0354-3); trad. de Primitive Art, Oslo et Cambridge (MA), 1927 (Instituttet for sammenlignende kulturforskning. ser. B: Skrifter, VIII) (ISBN 0-486-20025-6) (partiellement en ligne).
  • (fr) Iront-ils au Louvre ? Enquête sur les arts lointains, sous la dir. de Félix Fénéon, dans Bulletin de la vie artistique, 24, 25 et 26, Paris, 15 nov., 1er et 15 déc. 1920, p. 662-669, 693-703, 726-738 (n° 24 et 26 puis 25 en ligne); repr. Toulouse, 2000 (ISBN 978-2-913243-13-2).
    Contient les réponses de Arnold van Gennep, Salomon Reinach, Lucie Cousturier, Joseph-Charles Mardrus, Gaston Migeon, Paul Guillaume, Kees van Dongen, René Verneau, Ángel Zárraga, Robert Dreyfus, Jos Hessel, Charles Vignier, Colonel Grossin, Jean Guiffrey, Mgr Alexandre Le Roy, Paul Rupalley, Georges Migot, Léonce Rosenberg, Henri Clouzot et André Level.
  • Tribal Art Magazine, magazine spécialisé dans les arts d'Afrique, d'Océanie, d'Asie et d'Amérique.

Notes et références

Liens externes

  • Bibliographie de l'article Quai Branly, Musée du (Paris) de Julien Guilhem et Barthélémy Jobert, dans Encyclopædia Universalis, Paris, c. 2008.
  • Galerie de photos d'art africain, asiatique et océanien: Masques, statues, bijoux et parures, tissus, armes, ethnographie, etc.
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